Petite lettre à l’enseignante Geneviève Bouchard

Bonsoir madame Bouchard

J’espère que vous allez bien. Vraiment. Que votre semaine n’a pas été trop éprouvante en raison de nos enfants ÉHDAA. De nos enfants différents. De nos enfants de troisième classe. Qui font peur trop souvent.  Si je n’avais pas vu votre lettre dernièrement dans la section Opinions de La Presse, je crois que je n’aurais pu me mettre à votre niveau et oublier un instant mes propres peurs face au système éducatif dans lequel mon fils ÉHDAA évolue.

Également, si vous n’aviez pas écrit que les ÉHDAA terrorisent ceux et celles « qui fonctionnent bien, qui veulent travailler, qui veulent réussir », cette chronique d’humeur n’aurait pas existé. J’aurais pondu quelques paragraphes sur la belle expérience d’inclusion que ma famille a connue hier soir au restaurant Souvlaki Bar du boulevard Jean-Talon. J’y reviendrai d’ailleurs dans un autre texte.

Mon fils est un ÉHDAA. Un vrai. Un autiste de niveau 1 avec trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, mais il doit tout de même prendre 30mg de Biphentin chaque matin pour sa concentration.  Peut-être dyspraxique. Peut-être épileptique. On enquête là-dessus. Le genre d’élève qui veut réussir. Qui veut étudier. Qui aime étudier. S’instruire. Découvrir. Malgré ses « faiblesses ». Malgré ce que le système scolaire pense de lui, soit un bon candidat pour le FPT.

Vous avez eu une belle façon de parler de persévérance la semaine dernière en nous crissant -le mot est faible- un coup de poing dans le ventre et ce, devant une poignée de vos collègues qui semblent obtempérer.

Mon garçon n’est pas du genre à être violent ou à s’exciter pour un rien. Parlez-en à ses enseignants de français et d’univers social en régulier… Parlez-en à son professeur et à son éducateur de sa classe TSA. Oui madame, la « bête » retourne dans sa cage après chaque cours, pour être éduqué avec d’autres élèves comme lui. Parlez-en aussi à ses professeurs du primaire qui le gardaient proche de lui pour mieux l’encadrer.

Mais je sens que ce n’est pas assez pour vous rassurer. Qu’avez-vous besoin ? De ressources ? J’imagine que oui ! Il faut un village pour élever un enfant, qu’il soit « différent » ou non. Dans l’école, il faut ériger un genre de village aussi : des accompagnateur.trices, des éducateur.trices, des psychoéducateur.trices, des orthophonistes, des psychologues, etc. Il faut que le ministre de l’Éducation cesse d’être photogénique et commence à devenir davantage pro-actif ! Il a de allié.es formidables dans le gouvernement pour se mettre à la tâche : Lionel Carmant et Marilyne Picard. Mais malheureusement trop de hauts fonctionnaires condescendants et « moi-je-sais-toutistes » qui, eux, ne perdront pas leur poste dans la foulée de la loi 40…

Présentement, Roberge trippe trop architecture et pas assez expertise, personnel de soutien, professionnel.les pour donner un coup de main à des enseignant.es comme vous.

Je rêve en couleur, je sais.

Il faut des parents-experts. Ça, j’ai l’impression que vous en avez trop. Peut-être que non après tout ? Il y a une multitude de parents qui gravitent dans le monde scolaire. Il y a ceux qui veulent retirer une chanson de Félix Leclerc parce qu’elle s’attaque à l’oisiveté. Il y en a d’autres qui luttent pour que leurs enfants ÉHDAA obtiennent les meilleures ressources possibles pour espérer faire quand même quelque chose de constructif de leur vie. Êtes-vous d’accord avec moi, madame Bouchard ? Peut-être que dans ce lot, il y a quelques parents qui « poussent » un peu trop fort. Mais la plupart connaissent bien leur enfant « différent ».

Je m’excuse sincèrement et avec émotion de tout ce que nous vous faisons subir à vous et aux autres professeur.es. Et je ne vous demande pas d’excuses pour avoir douter du désir de réussite de ces « autres » jeunes. Tant qu’à y être, je m’excuse d’être un « parent expert », un de ces « connards » qui « poussent » ses enfants au maximum. Ma femme et moi ne poussons pas notre fils Laurent, nous voulons simplement qu’il ait le plus de choix possible, même si ça peut vous sembler déraisonnable en raison de son autisme. On le met devant rien ! Tout de suite l’ABA pour eux, tout de suite les programmes FPT ou FMS. Tout de suite rangé dans une case avec du foin et de l’eau.

Je peux comprendre votre désarroi. Ça c’est vrai. Or ne doutez pas du potentiel des ÉHDAA. C’est tout. Et maintenant, passons au café. Vous aimez les espressos ou les cappuccinos ?

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