Petite lettre cinglante pour François Legault et Marilyne Picard

La fin de semaine dernière, lors de ma présence au Salon du livre de Montréal, j’ai recueilli des témoignages de certains parents d’enfants et d’adolescents autistes. Pour avoir écrit un livre sur mon quotidien de père avec un jeune autiste, j’imagine que c’est normal. Des témoignages réjouissants et d’autres qui donnent froid dans le dos. Lorsque cela se produit, j’écoute, je comprends, compatis et tente de donner le plus d’espoir possible pour la suite des choses.

Plus tard dans la voiture, j’ai repensé à tout cela. Puis j’ai pensé à François Legault, plus précisément à ses récentes déclarations à l’Assemblée nationale qui ont provoqué un festival de coqs entre le président de l’Assemblée François Paradis et le leader parlementaire du Parti libéral du Québec Marc Tanguay. À ce moment, ma colère a décuplé parce que je sais désormais que les autistes et leurs parents ne figurent pas parmi ses priorités. Encore moins parmi celles de son gouvernement.

On s’occupera de nous seulement lorsque l’Opposition officielle cessera de bloquer -ce sont ces mots- ses projets de loi en commission parlementaire.

Parfait monsieur Legault, c’est noté. On ne veut surtout pas déranger qui que ce soit, vous savez. Après tout, cela fait des années que nous attendons des actions concrètes de l’État québécois envers les autistes et leurs parents. Un mois de plus ou de moins, voire une ou deux années de plus, qu’est-ce que ça change, hein ? 

 Je m’étais dit « Wow ! Il a été tellement ému par nos réalités ! » lors de la docu-réalité Autiste, bientôt majeur, à laquelle j’ai participé avec mon épouse Sophie et mon fils Laurent. Il a pratiquement eu les yeux pleins d’eau à un moment donné. « Enfin ! Comparativement à Philippe Couillard qui semblait s’en foutre, c’est vraiment le jour et la nuit ! » m’étais exclamé. La caméra avait capté ce moment d’émotion qui nous avait permis de vivre un beau moment d’espoir. 

La caméra… C’est vrai que lorsqu’un politicien voit une caméra, il est prêt à tout, question d’image de marque… Comment avais-je pu oublier ce détail ? Lorsque je couvrais des campagnes électorales, combien de fois voyais-je un organisateur « planter » un ou deux enfants devant une porte où son candidat devait passer, pancarte à la main, afin d’être aperçus et filmés à satiété… Tel un Lucas dans la comédie Les Compères, sans doute qu’un conseiller a demandé au premier ministre de pleurer un petit coup pour attendrir les téléspectateurs. 

On s’était juste trompé finalement ! 

Même chose lorsque la députée de Soulanges et ex-porte-parole de l’organisme Parents jusqu’au bout, Marilyne Picard, a rejeté la proposition de la députée libérale et mère de deux adolescents autistes, Jennifer Maccarone, de mettre sur pied une commission parlementaire sur l’autisme. Imaginez un instant : enfin le PLQ prend acte de l’importance d’agir ! Après 18 ans, il y a moins de services pour les jeunes autistes et à 21 ans, il n’y a plus rien. C’est normal d’être inquiet, c’est normal aussi de vouloir se pencher sur la question et trouver des solutions. Pas pour la députée Picard, ce qui aussi incompréhensible que scandaleux. Fa schifo… Fa tanto schifo !  

Plus tard, dans le Salon Bleu, cette même madame Picard avait jugé bon de remettre du beurre sur la rôtie en nous tendant sa main, que nos souffrances sont les siennes, que sa porte est toujours ouverte (sauf qu’il faut globaliser les soins) pour ensuite nous dépeindre quelque peu comme les « méchants » parce que le PLQ avait retiré la subvention d’un programme pour la réinjecter dans l’autisme. Mais comme le mentionnait madame Picard, le passé c’est le passé, on regarde en avant. Autrement dit « on ne vous en veut pas mais désormais, gardez-vous une petite gêne ». C’est noté, c’est beau. 

Et la cerise sur ce sundae de mépris dégoulinant sous un soleil d’arrogance, c’est le premier ministre lui-même qui l’a placée avec ces paroles, avec ce couteau sur la gorge devrais-je dire, ce « continuez d’obstruer nos commissions parlementaires et votre idée sur l’autisme, vous savez où vous pouvez vous la mettre ! » Ça, ce sont mes mots, mais ça sonnait comme tel.

Refuser de bouger, de trouver des solutions, de renforcer des programmes… pour une histoire d’orgueil mal placé… 

Si c’était Rona, Bombardier ou tout autre entreprise privée, on n’oserait pas parler de la sorte. Parce que ce sont des dossiers porteurs d’emplois, d’impôts, de revenus, évidemment !Pour les autistes, c’est autre chose… 

Je vais vous dire là où l’on peut ouvertement « globaliser », c’est que nous sommes tous et toutes des « emmerdeur.euses » de gouvernement. Nous ne sommes pas des électeur.trices payant.es puisque nous quémandons des services, des soins, des programmes spécifiques et j’en passe. Cela fait 16 ans que nous fréquentons les spécialistes, tellement qu’on finit par les appeler par leurs prénoms. Nous assistons tellement aux activités de nos enfants que l’on pourrait les donner nous-mêmes ! On salue notre courage, on salue notre résilience, notre détermination, sauf que… nous ne sommes pas des électeurs payants. C’est-à-dire que nous n’apportons pas beaucoup d’eau au moulin des partis politiques. En fait, on ne veut pas parler de nous parce que nous avons besoin de services, ce qui peut faire choquer tous les « moi je paye des taxes » de ce monde. Et si on les choque, on risque de perdre le pouvoir… 

Un autiste, un Tourette et un polyhandicapé ne peuvent recevoir les mêmes services. Globaliser ne donne rien. On ne peut mettre de l’avant une politique qui inclut tout le monde. Sauf que « globalement », en termes d’emmerdement, nous remportons tous et toutes la palme. On coûte cher, on fait ch… et chaque année d’inaction fera en sorte qu’on coûtera encore plus cher.

À mes yeux, François Legault n’est plus mon premier ministre. Est-ce quelqu’un l’a vraiment été ? J’ai encore au travers de la gorge la « tentative » de plan autiste de Philippe Couillard et de sa ministre Lucie Charlebois. On ne parlera pas non plus des années Charest, des années Marois… Devrions-nous devenir anarchiste pour que l’on obtienne quelque chose ? Et pourquoi pas ? L’autogestion pourrait être un concept parfait pour intégrer dignement les autistes sur le marché du travail. Et les écoles libertaires de Francesco Ferrer pourraient peut-être respecter le rythme d’apprentissage d’un enfant autiste ?

Je suis rendu là. Est-ce que Marilyne Picard parle encore en notre nom ? Je ne sais plus, ce qui est dommage parce que je sens qu’elle nous regarde désormais comme les « ventres pleins » de la différence. Pendant ce temps, Jean-François Roberge, un ex-professeur « qui sait ce que c’est, s’occuper des autistes, j’ai été prof » est trop occupé avec sa maternelle 4 ans et Lionel Carmant, qui devait être un allié de taille avec son expérience en neuropédiatrie, est égaré on ne sait trop où.  

Ça va bien… Ça nous fait chier, soyons honnêtes, mais on va se tenir tranquille. On sait ce que nous valons. On sait comment nous sommes perçus. Nous avons eu notre moment de gloire cet automne, alors on a compris qu’il ne fallait pas en demander plus, même si monsieur Legault « semblait » sensibilisé par nos réalités. 

Et nous applaudirons à chaque première pelletée de terre, à chaque coupage de ruban… histoire de se réjouir de vous voir avec vos électeurs et vos électrices payants, ceux et celles qui vous font gagner des votes parce qu’ils et elles ne sont pas fissurés comme nous, ne s’occupent pas d’enfants différents comme nous, trop occupés qu’ils sont à être du côté des gagnants…  Et on attend, on attend comme Brel qui attend Madeleine et qui n’arrive pas…

« Il ne faut pas que mon histoire finisse comme ça » – Félix Leclerc (L’Encan)

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