« À boutte »

Ces temps-ci, tout le monde est « à boutte ». En particulier les mères. Certaines le clament haut et fort. Elles en ont même fait une émission de télé, Mères à boutte. Des centaines de mamans sont au rendez-vous devant leur téléviseur pour partager les joies, les peines et les récriminations de cinq co-animatrices. Par contre, d’autres sont « à boutte » de ces « à boutte ». Il n’y aura jamais d’unanimité sur rien, c’est bien connu. L’une d’entre elles a voulu donner son avis à travers une lettre qui explique son quotidien de maman d’enfant autiste. Il n’y a rien de méchant là-dedans, seulement une opinion qui est émise de manière construtive. Je tiens juste à faire cette petite introduction pour éviter la levée de boucliers et tous les « ben voyons torrieux » qui peut en découler. 

Dans un texte paru tout dernièrement dans le très bon blogue La Parfaite maman cinglante, Maude Michaud, rédactrice en chef de cette plateforme est piquée au vif par certaines critiques envers l’émission Mères à boutte sur Canal Vie.

J’ignore si c’est un hasard ou non, mais au même moment, une lettre signée par la responsable de la page Autisme 365 a beaucoup circulé sur Facebook. Dans cette lettre, cette « mère courage » cherche non pas à juger les « mères à boutte », mais à bien leur faire comprendre, sans insulte ni rancoeur, la situation dans laquelle elle vit. S’occuper d’un enfant autiste, avoir à composer avec tous les préjugés, les charges mentales et émotionnelles, les choses que l’enfant ne pourra faire en raison de son état, de la pression que la société neurotypique (ou « normale ») exerce sur les parents parce que dans la vie « il faut que ça marche de même », etc.

Cette mère, comme la plupart des mères qui vivent les mêmes choses » qu’elle, ont dû faire des deuils, admettre que leur enfant ne fera jamais telle ou telle chose comme les autres, qu’il ne sera jamais à 100% autonome ; admettre aussi qu’elles ne se sortiront jamais de ce cercle-là parce que les besoins prennent toute la place, parce que le gouvernement met des bâtons dans les roues, a à coeur que JUSTE l’économie avance.

Elle ne peut s’arrêter cinq minutes, déclarer qu’elle est « à boutte » et prendre un verre de vin avec d’autres.

Dans sa réplique, Maude Michaud déclare : « Je suis à boutte d’être comparée à la voisine pour qui les choses sont plus compliquées et qui aime me rappeler que je ne devrais pas me plaindre le ventre plein ».

Bon…  Est-ce un petit « camouflet camouflé » à l’endroit de certaines mères d’enfants handicapés ou vivant avec un trouble (la liste est longue : autisme, TDA, TDAH, Gilles de la Tourette, syndrôme de Down, syndrôme d’opposition, dyspraxie, dyslexie, etc) qui disent « Hé! Ça serait l’fun si on incluait les mères d’enfants handicapés dans le concept des mères à boutte! On l’est, nous aussi! »

Je suis sûr que non. En fait, je suis sûr que Maude et les autres n’ont aucune rancoeur envers les mères d’enfants « différents ». Mais l’affirmation a quand même fait réagir

Je pèse beaucoup mes mots parce que je me refuse de faire du « mecsplicage ».

Toutefois, je pense qu’il est nécessaire de faire l’effort de comprendre, voire de compatir. Sans doute qu’on voudrait le faire, on ne sent pas assez motivé… ou « willing » en bon québécois.

Allez voir chez la voisine pour qui les choses sont plus compliquées. On aurait alors un portrait plus clair de la situation et des différents enjeux qu’elle vit. Peut-être que cela permettrait même à cette maman de souffler un peu, de se sentir comprise et épaulée par d’autres mamans qui ne font pas partie de son groupe de soutien ou des professionnelles que son enfant doit consulter.

Ça pourrait même faire un beau segment dans votre émission, qui sait ?

Dernièrement, ces mères à boutte dénonçaient le bitchage entre mères. « Vous voulez l’égalité entre les hommes et les femmes ? (…) Essayez donc d’être égales entre vous autres et on verra pour le reste! » Disait Marie-Pier Allard, sans doute à juste titre.

Je ne critique personne, ni ne juge qui que ce soit. Lorsqu’on travaille sur quelque chose qui nous tient à coeur, qu’on le présente au public, qu’on en est fier et tout le reste, on peut finir par être « à boutte » des critiques et l’on doit s’exprimer pour ventiler. Reste qu’il faut faire un peu attention, histoire de ne pas créer de malaise. Ce sera tout !

Il faut comprendre aussi qu’une mère comme Autisme 365 doive trouver lassant d’entendre des plaintes de tout acabit, alors que la société dite « normale » s’empresse de la juger pour tout et pour bien.  Alors aussi que d’autres plaintes pourraient être quelque peu mal reçues.

Ce trop plein doit sortir. Mais il faut toujours le faire avec délicatesse. Une stratégie qui gagne à être comprise par les trolls.

 

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