Cher Sébastien Proulx

Cher Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation du Québec

Récemment, vous avez fait paraître Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire aux éditions du Septentrion. Un livre qui a été écrit « d’une traite » pendant le temps de Noël, selon vos dires.

D’abord, laissez-moi vous féliciter pour cet essai. Il est plutôt rare qu’au Québec des ministres de l’Éducation se soient livrés à une pareille expérience d’étaler leur pensée de la sorte sur papier.

Votre livre, vous le considérez comme un appel à l’espoir. Justement, au Québec, nous sommes des milliers de parents d’enfants « différents » confrontés à la froideur d’un système public fonctionnarisé au max. Nous sommes des milliers de parents d’enfants qui sont bourrés de potentiel, mais qui doivent emprunter des chemins différents, plus sinueux, moins bien entretenus (en raison de l’absence de services ?), pour arriver à la même « vue d’avenir » que les autres.

Nous en voulons de l’espoir. Nous l’attendons impatiemment, cet appel. Mais ce livre, monsieur le ministre, n’en contient pas. Du moins pas pour nous et nos enfants. Je me sens hors-radar. Est-ce que je me trompe ?

Sauf peut-être à la page 30. En effet, vous y mentionnez que « les enseignants doivent donner à chaque enfant le goût de la réussite, l’amener à donner le meilleur de lui-même, à atteindre son plein potentiel, par-delà et à travers toutes les différences et même toutes les difficultés ». C’est bien beau, mais c’est plutôt vague. En fait, ça me fait penser à ce « n’oublie pas les barres tendres pour le lunch à Laurent » écrit en vitesse par ma femme sur ma liste d’épicerie…

Être parent d’un jeune neurotypique, j’aurais certainement applaudis à plusieurs de vos réflexions et visions pour la jeunesse québécoise. Parce qu’elles sont justes. Par exemple, l’éloge de la culture générale,

Or, voilà : je suis un papa d’adolescent autiste ou « adotiste ». Ma vision de la réussite est un concept différent du vôtre. Bien sûr, je me charge de sa culture générale. L’Italie, les auteurs français qui ne sont plus publiés, Votre appréciation des hauts-fonctionnaires en éducation est différente de la mienne.

Vous parlez de fibre optique, de design, de lab-école (que vous défendez sur plusieurs pages), de retard technologique à rattraper, de milieu de vie, d’effort, de lecture, de culture générale, de valorisation des études, de la participation « positive » des parents dans le processus, de rehaussement du niveau de réussite, de travail en équipe, de la valeur de l’instruction, de l’avenir, etc.

C’est très beau tout ça, monsieur le ministre. Ça en prend ! Mais j’aurais aimé que vous vous sentiez concerné par la scolarité des enfants « différents ». Dans le livre, on ne dirait pas. Même lorsque vous cherchez à défendre « ceux et celles qui réclament du progrès et des améliorations ».

J’aurais peut-être aussi aimé que vous présentiez moins de « généralités » sur le système scolaire privé. Je suis d’accord pour la liberté de choix. Sauf qu’avec un adolescent autiste, on l’a beaucoup moins.

Un autiste comme mon fils peut affecter le classement d’une école privée dans le top 10 des meilleures écoles. Je le dis sans humour ni ironique puisque c’est vrai, question de standing et de sous. Quand on a été jeté par-dessus bord du système privé pour une raison d’on-était-sur-de-pouvoir-aider-mais-on-ne-peut-pas-finalement, heureusement que le public était là ! Le rôle de radeau de la Méduse que l’on donne au public, votre système privé l’entretient, que vous le vouliez ou non.

Mais le feu aux poudres est survenu en page 71, alors que vous prétendiez que « certaines écoles accueillent un grand nombre d’élèves qui ont besoin d’aide et d’assistance ». AH OUI ????? Désolé d’être cinglant monsieur le ministre, mais cette affirmation ne tient carrément pas la route parce qu’il faut que la « difficulté » soit gérable. Autrement dit, il faut que la difficulté de l’enfant soit « mineure ». Et on charge des frais supplémentaires, comme toujours.

Vous souhaitez que votre livre soit un antidote au cynisme. Malheureusement, votre parti nourrit sans arrêt ce cynisme avec une incompréhension malsaine des gens comme nous. Alors oui, monsieur le ministre, je me range du côté des « fatalistes » que vous semblez tant décrier dans votre essai. Fataliste, mais lucide puisque je ne rejette pas tout. Il faut toutefois cesser de voir les élèves autistes comme des numéros, des empêcheurs d’apprendre, des statistiques, mais comme des êtres humains avec leur intelligence bien à eux.

Est-ce que votre ministère est prêt à emboîter le pas ?

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