Charge mentale : il y a des journées où…

Avec la venue récente de la bédéiste Emma à Montréal, le sujet de la charge mentale a été relancé dans les médias.

La charge mentale : lorsque Laurent est né, nous avons appelé ça la répartition des tâches.

La charge mentale, ça me touche, ça me lasse et ça m’énerve.

Ça me touche : cela fait déjà 14 ans que nous sommes là-dedans, Sophie et moi. Déjà 14 ans que nous fonctionnons selon un plan bien précis. Un plan que nous avons dû réajuster plus d’une fois au cours des années, mais qui a toujours sa pertinence. Nous réussissons à jongler avec les scénarios sociaux, les tâches ménagères, les rendez-vous, les activités et tout le reste en comptant sur les forces de chacun. Et pour les « faiblesses »? Et bien on s’entraide ! On fait le nécessaire, c’est tout. On est conscient qu’une seule personne qui se tape tout le travail, c’est moche. Ce n’est pas une question de sexe, c’est une question de faire fonctionner une maison comme du monde. Si quelqu’un est dans une mauvaise passe, c’est-à-dire les crises d’anxiété de ma femme qui ont été provoquées par le travail et une inquiétude croissante par rapport à l’avenir de Laurent, alors on met les bouchées doubles, voire triples. Tant pis si j’ai passé, pour certains et certaines, pour une « Martine fait la vaisselle ».

Ça me lasse : déjà 14 ans que nous sommes là-dedans, Sophie et moi. À la maison, c’est une question qui ne se pose même pas. Je comprends que le thème devienne récurrent. Je comprends que des femmes expliquent encore et encore à des hommes ce qu’elles attendent de lui, c’est-à-dire de prendre la balle au bond et d’agir. D’agir, bordel ! La vie de couple, la vie de famille, ça ne se résume pas qu’à chaque vendredi, on rencontre les pottes pour boire un coup. Ça, nous l’avons bien compris, pour la plupart. Votre femme n’est pas une torture. Votre femme n’est pas une app qui fait tout dans la maison. Agissez, faites quelque chose parce que…

Ça m’énerve : Oui, ça m’énerve d’entendre encore parler de cela, de cette charge mentale qui pèse lourd dans la tête des femmes. Parce qu’il y a des hommes qui ne comprendront jamais rien. Également parce que quelquefois j’ai l’impression que malgré mes efforts, malgré toute la volonté que je mets dans mes tâches à la maison, je n’en ferai jamais assez aux yeux de certaines femmes.

Je fais mon gros possible pour maintenir le rythme, mais dans ma boîte cranienne est branché un drôle de cerveau. Oui, j’oublie souvent. Oui, je sais, on doit me le rappeler. Oui, je sais (en maudit) que je suis incapable de faire deux ou trois choses en même temps. Même que je passe pour un homme faible à cause de ça. Je dois avoir sous la main des listes diverses, histoire de m’assurer que je n’oublie rien. D’instinct, j’accomplis, je me ramasse, je ramasse dès que je vois des traîneries (héritage de ma mère après des années et des années d’apprentissage). Je m’intéresse à ce qui se déroule dans ma famille. À ce que ma femme fait. À ce que mon fils fait. Même si parfois, j’ai l’impression que je m’efface un peu trop. Il m’arrive aussi de penser que mes activités n’intéressent personne.

La charge mentale ne partira jamais. Voilà pourquoi c’est nécessaire de bien la répartir. Avec un enfant dit « différent », c’est-à-dire un enfant qui doit relever une pléthore de défis que d’autres n’ont pas, qui doit fonctionner avec un cerveau qu’une société édulcorée juge « anormal », il faut mettre les bouchées doubles.

Je suis sûr qu’un nombre grandissant de pères sont sensibilisés par la question depuis ce coup de crayon d’Emma. Je suis sûr que depuis, des discussions ont déjà été entreprises dans les couples et que des solutions ont été apportées. Or, il y a encore beaucoup d’effort à faire. Dans ma famille, je ne sais pas. Dans d’autres, ce n’est pas encore acquis. J’ai ma manière de faire les choses, ma femme a les siennes. Il y a un respect mutuel là-dedans. Elle ne commencera pas à me reprocher à toujours bien classer dans le lave-vaisselle (une « récrimination » de la journaliste Monic Néron envers son copain), je ne commencerai pas à m’indigner de la manière dont elle plie les vêtements, etc.

Mais oui, j’ai appris beaucoup dans sa façon de prendre les rendez-vous, de vérifier s’il ne lui manque rien dans son sac d’école et tout le reste.

Attention : je ne suis pas un incapable non plus ! Ce que je reproche un peu à ce mouvement de prise de conscience, c’est de trop souvent nous dépeindre comme des incapables. Mais puisque c’est un chapeau qui ne me fait pas, disons que je ne chiale pas longtemps !

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