Osons l’école : entre essai sérieux et prospectus du Collège Sainte-Anne…

D’entrée de jeu, mentionnons qu’il est inutile de lire la première partie d’Osons l’école, essai qui propose une foule d’idées pour dynamiser le système éducatif québécois. Écrite par le directeur du Collège Sainte-Anne, monsieur Ugo Cavenaghi, elle se résume à un long prospectus vantant les mérites et les innovations de son institution privée.

C’est la deuxième partie sur laquelle on doit réellement s’attarder. Elle fut rédigée par Isabelle Senécal, directrice de l’innovation pédagogique du Collège Sainte-Anne. On s’attarde vraiment aux dernières études et tendances en matière d’éducation. Madame Senécal, bien qu’elle tombe parfois dans le « nous, au Collège Sainte-Anne », me rejoint lorsqu’elle parle d’inclusion de tous et du respect du rythme d’apprentissage de chacun.

« La recherche en sciences de l’éducation et en neurosciences démontre qu’une très fullsizeoutput_58c4grande variété d’aptitudes, de besoins et d’intérêts entrent en jeu dans l’apprentissage. Et c’est d’autant plus vrai dans les classes aujourd’hui, où l’on retrouve une grande diversité sur les plans culturel, linguistique et socioéconomique, ainsi qu’une augmentation marquée des élèves ayant un trouble d’apprentissage ou de l’attention. La chercheuse québécoise Michelle Dawson, elle-même autiste, parle de neurodiversité pour rendre compte de la variété des formes de cognition humain. Il est impératif d’enseigner comme s’il n’existait qu’un type d’apprenant ou d’apprenante. L’hétérogénéité – notamment cognitive – des groupes doit absolument être prise en considération dans un système d’éducation qui valorise la réussite de tous », écrit-elle dans son chapitre sur la pédagogie active.

Bon, très bien pour cela. Mais c’est un concept que peu d’établissements privés veulent mettre de l’avant et ce, pour des raisons de ne pas faiblir dans le top 10 des meilleures écoles. On veut aider les élèves en difficulté d’apprentissage, mais on se contente de chercher une clientèle « la moins affectée » possible. Je sais pour être passé par là pour mon fils.

Madame Senécal préconise l’implantation de la conception universelle d’apprentissage ou CUA dans les écoles, du moins au collège où elle travaille. Mais jusqu’à quel point cela peut-il aider un élève TSA ? Tout dépend bien sûr de sa « position » dans le spectre. Mais encore ? J’aime l’idée de présenter des concepts théoriques ou des exposés oraux sur vidéo. Laurent adore réaliser des petits films , sans doute que ce médium lui permettrait d’acquérir davantage de connaissances tout en s’amusant parce que c’est un passionné de vidéo et de photo. J’adore cette pédagogie active. Mais qui va emboîter le pas ? Qui va réellement briser le dôme de verre et s’ouvrir massivement à la neurodiversité ? Certainement la clientèle de l’école privée qui tient à son élitisme. Encore moins les professeurs (les syndiqués de la FAE) qui, de plus en plus, se plaignent de la présence d’autistes dans leur classe régulière.

Dans la classe TSA de l’école secondaire publique de mon fils, l’enseignante s’adapte aux capacités qui sont propres à chacun de ses élèves. Est-ce que ce genre d’intervention est possible dans le système privé ? J’en doute. Encore une fois, le collège a le choix d’accepter ou de refuser un élève sur la base de ses capacités. Donc « repenser l’éducation » avec des élèves triés sur le volet, cela vient quelque peu entraver la grande marche vers « l’égalité scolaire », non ?

L’école doit être repensée, certes. Chaque jour, je pense à cet « espace bétonné » dans lequel Laurent poursuit son éducation secondaire. Heureusement pour nous, il est très bien entouré. Grâce à son professeur titulaire, ses orthophonistes, son éducatrice spécialisée, son tuteur en maths, sa psychologue, sa massothérapeute spécialisée et nous, ses parents, Laurent peut compter lui aussi sur une éducation « repensée » qui tient vraiment compte de son potentiel et de ses différences et ce, à l’ombre de ceux et celles qui « repensent » l’école uniquement pour une certaine clientèle… Car malgré ses voeux pieux, c’est ce que le privé préconise. Ça aussi, il faudra « repenser » ce concept !

CAVENAGHI, Ugo et SENÉCAL, Isabelle : Osons l’école – des idées créatives pour ranimer notre système éducatif
Éditions Château d’Encre, 145 pages
19.95 $

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